Perché à 1 743 mètres d’altitude dans les montagnes corses, le lac de Nino attire autant par son paysage que par la randonnée nécessaire pour l’atteindre. Le lac de Nino, souvent écrit lac de Ninu dans les documents corses, se découvre au milieu des pozzines, de vastes prairies humides ponctuées de petits chenaux. Je vous indique ici les itinéraires les plus utiles, le niveau réel de difficulté, la meilleure période et les précautions à prendre sur ce site fragile.
Les repères essentiels pour préparer la randonnée
- Altitude : le lac se trouve à 1 743 mètres, dans la vallée du Niolu.
- Itinéraire conseillé : depuis la maison forestière de Poppaghia, comptez environ 9 km aller-retour et 730 mètres de dénivelé.
- Durée : prévoyez généralement entre 4 h 30 et 6 h, pauses comprises selon votre rythme.
- Difficulté : la montée devient rocheuse et raide dans la dernière partie, avec un passage où il faut parfois utiliser les mains.
- Protection du site : les pozzines sont très sensibles au piétinement. Restez sur le sentier et ne nourrissez pas les animaux.

Un lac de montagne corse entouré d’un paysage rare
Le lac de Ninu occupe une ancienne vallée glaciaire au cœur du Parc naturel régional de Corse. Avec environ 6,5 hectares, une longueur proche de 400 mètres et une profondeur maximale d’environ 11 mètres, il compte parmi les grands lacs naturels de l’île. Sa forme paisible contraste avec le relief minéral qui l’entoure.
Ce qui le rend vraiment particulier, ce sont les pozzines. Ce terme désigne des pelouses humides installées sur des sols tourbeux, où l’eau circule entre de petites mares et des rigoles naturelles. Vue depuis le col de Bocca a Stazzona, cette mosaïque verte donne au plateau un aspect presque irréel.
Le lac se situe sur le cours amont du Tavignanu et ses rives accueillent encore des activités pastorales. Il n’est donc pas rare d’apercevoir des chevaux, des bovins ou des moutons autour du plateau. Je trouve que cette présence animale ajoute beaucoup au caractère du lieu, mais elle ne doit pas faire oublier qu’il s’agit d’un espace naturel protégé, inclus dans le Parc naturel régional et concerné par des dispositifs de protection comme Natura 2000 et les ZNIEFF.
Quel itinéraire choisir pour rejoindre le lac
Deux accès sont généralement retenus pour une excursion à la journée. Le départ de Poppaghia est le plus direct et le plus populaire. Celui du col de Vergio suit davantage l’esprit du GR20 et offre une progression plus régulière, mais la randonnée est plus longue.
| Départ | Distance indicative | Dénivelé | Profil |
|---|---|---|---|
| Maison forestière de Poppaghia | Environ 9 km aller-retour | Environ 730 m | Plus direct, raide et rocheux à la fin |
| Col ou station de Vergio | Environ 11 à 15 km selon la variante | Environ 600 à 700 m | Plus long, mais souvent moins technique |
Depuis Poppaghia, le sentier démarre vers 1 076 mètres d’altitude et traverse une pinède de pins laricio. La première partie est agréable et relativement progressive. Après environ une heure, on atteint les bergeries de Colga, autour de 1 411 mètres, puis le terrain change nettement.
La montée finale passe par des éboulis, des dalles rocheuses et un passage encaissé qui demande de poser les mains. Ce n’est pas de l’escalade, mais je déconseille cette variante aux personnes qui redoutent le vide, aux jeunes enfants peu habitués à la montagne et aux randonneurs équipés de chaussures souples. Le franchissement du col de Bocca a Stazzona, à environ 1 762 mètres, marque l’arrivée sur le belvédère du lac.
Une randonnée accessible, mais pas une simple promenade
Les chiffres peuvent donner une impression trompeuse. Neuf kilomètres semblent raisonnables, pourtant 730 mètres de dénivelé concentrés sur une courte distance demandent une bonne condition physique. Le retour est lui aussi exigeant, surtout lorsque les pierres sont humides ou que la fatigue réduit la précision des appuis.
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Le parcours depuis Poppaghia
- Garez-vous près de la maison forestière de Poppaghia, sur la D84 entre Albertacce et le col de Vergio.
- Suivez le balisage jaune à travers la forêt et le vallon de Colga.
- Poursuivez jusqu’aux bergeries, où la pente commence à se redresser.
- Abordez prudemment les éboulis et les dalles rocheuses de la partie haute.
- Franchissez le col, puis descendez légèrement vers le lac et les pozzines.
Je recommande de partir tôt, même en été. Le matin, la chaleur est plus supportable dans la montée et vous gardez une marge si le rythme ralentit dans les rochers. Comptez 4 h 30 à 6 h aller-retour pour une sortie classique, sans chercher à marcher trop vite autour du lac.
L’accès par Vergio convient mieux à ceux qui préfèrent un itinéraire plus long et moins brutal dans sa progression. Il reprend une partie du GR20 et peut se combiner avec une étape itinérante, mais il ne faut pas le choisir uniquement parce qu’il paraît plus facile. La distance supplémentaire pèse fortement sur le retour, surtout par temps changeant.
Quand partir et quel équipement prévoir
La période la plus confortable s’étend en général de la fin du printemps au début de l’automne, lorsque le col de Vergio et les sentiers d’altitude sont dégagés. En début de saison, des plaques de neige peuvent encore subsister dans les secteurs ombragés. À l’automne, les journées raccourcissent rapidement et le brouillard peut réduire la visibilité sur le plateau.
Avant de partir, consultez la météo de montagne et l’état des accès routiers. À 1 700 mètres, les conditions peuvent changer en moins d’une heure. Un ciel bleu au départ ne garantit pas une arrivée sèche et calme autour du lac.
- Chaussures de randonnée avec semelle rigide et bon maintien.
- Réserve d’eau suffisante, car les points d’eau fiables sont rares sur le parcours.
- Veste imperméable, couche chaude et protection contre le soleil.
- Carte ou trace hors ligne, sans dépendre uniquement du réseau téléphonique.
- Petite trousse de secours, encas énergétiques et lampe si le retour risque de se prolonger.
Le maillot de bain est rarement utile. L’eau est froide, la baignade n’est pas l’intérêt principal du site et les abords humides sont particulièrement fragiles. Je préfère consacrer le temps de pause à l’observation du paysage et à un repas éloigné des rives.
Comment protéger les pozzines et profiter du plateau
Les pozzines ressemblent à des prairies solides, mais leur sol gorgé d’eau se dégrade facilement. Un seul passage laisse parfois une marque durable, surtout lorsque plusieurs milliers de visiteurs suivent le même raccourci. L’Inventaire national du patrimoine naturel décrit d’ailleurs ce secteur comme un ensemble de pelouses humides remarquables, associé à une cuvette lacustre et à des habitats protégés.
La règle la plus importante est simple restez sur les sentiers balisés. Ne traversez pas les zones spongieuses pour rejoindre un meilleur point de vue, ne plantez pas votre tente au bord de l’eau et ne déplacez pas les pierres qui bordent les passages.
Les animaux pâturent librement autour du lac. Gardez vos distances, ne les nourrissez pas et évitez de vous placer entre une jument et son petit. Cette prudence vaut aussi pour les chiens, qui peuvent provoquer une réaction imprévisible ou déranger les troupeaux.
Le site est particulièrement photogénique depuis les hauteurs qui dominent le lac. Pour obtenir une belle vue sans piétiner la végétation, je conseille de s’arrêter au col ou sur les zones rocheuses déjà empruntées. Le panorama sur le plateau du Camputile et les sommets corses suffit largement à justifier la randonnée.
Les détails qui changent vraiment l’expérience
Le lac de Ninu mérite mieux qu’une arrivée précipitée, quelques photos et un retour en courant. Prévoyez au moins 30 à 45 minutes sur le plateau pour observer les chenaux des pozzines, déjeuner à distance des rives et laisser passer les groupes les plus nombreux.
Les erreurs les plus fréquentes sont de sous-estimer le dénivelé, de partir avec trop peu d’eau et de croire que le réseau téléphonique sera disponible partout. Une autre mauvaise idée consiste à suivre un raccourci repéré sur une photo ou une trace ancienne. Les sentiers peuvent évoluer, et un détour de quelques mètres suffit à endommager une zone humide.
Pour une première découverte, je choisirais Poppaghia par météo stable, avec un départ matinal et un rythme tranquille. Si le terrain rocheux vous met mal à l’aise, l’accès depuis Vergio est plus cohérent, à condition d’accepter une journée plus longue. Dans les deux cas, le lac récompense surtout les marcheurs qui prennent le temps de regarder le paysage plutôt que de considérer l’arrivée comme une simple case à cocher.
Un souvenir de montagne à préparer avec mesure
Le lac de Ninu combine une randonnée sportive, un panorama remarquable et un milieu humide d’une grande fragilité. Avec de bonnes chaussures, une météo vérifiée, assez d’eau et un départ suffisamment tôt, l’excursion devient une magnifique découverte de la montagne corse. La meilleure façon d’en profiter reste finalement la plus simple, marcher sur le tracé prévu, respecter les animaux et laisser les pozzines aussi intactes qu’à l’arrivée.