Le cirque de Morgon est l’un des plus beaux amphithéâtres naturels des Hautes-Alpes, avec une vue saisissante sur Serre-Ponçon, les vallées de l’Ubaye et de la Durance, et des crêtes qui donnent immédiatement envie de marcher. Ici, l’intérêt n’est pas seulement le sommet: c’est aussi la manière d’y accéder, le type de terrain, la saison choisie et le niveau d’engagement que vous acceptez. Je vous propose donc une lecture utile, concrète et orientée terrain pour préparer une sortie réussie, sans sous-estimer ce massif.
L’essentiel à retenir avant de monter au Morgon
- Le site se situe au-dessus de Crots et de Savines-le-Lac, dans le secteur de Serre-Ponçon.
- La boucle classique depuis le Grand Clot est donnée pour 11,1 km, 4 h et +783 m, avec une difficulté moyenne.
- La variante par Pierre Arnoux est nettement plus exigeante: 19 km, 6 h et +2098 m.
- Le terrain alterne forêt de mélèzes, alpage, lapiaz et passages plus aériens sur les crêtes.
- Le point de vue au sommet ouvre sur les deux branches du lac, l’Ubaye et la Durance, avec un vrai panorama à 360°.
- En juillet-août, le parking du Grand Clot est indiqué comme payant à 5 € par véhicule, de 8 h à 16 h.
Pourquoi ce cirque attire autant les randonneurs
Je vois le site comme un classique alpin qui coche plusieurs cases à la fois: un décor très lisible, une vraie sensation de montagne, et une récompense visuelle immédiate quand on arrive sur les hauteurs. Le relief en forme de cirque crée cette impression d’espace fermé puis ouvert, presque théâtrale, qui fonctionne très bien en randonnée. On avance dans les mélèzes, on traverse des zones d’alpage, puis on bascule sur des lignes de crête avec une lecture du paysage beaucoup plus large.
Ce qui fait la différence, à mes yeux, c’est aussi le contraste entre le calme du vallon et l’ampleur du panorama final. Depuis le sommet, on comprend vite pourquoi le site est si recherché: le lac de Serre-Ponçon paraît découpé en deux bras distincts, et le regard file vers les vallées de l’Ubaye et de la Durance. On n’est pas sur une promenade de bord de lac, mais sur une montée qui donne du relief à la sortie. C’est précisément pour cela que le choix de l’itinéraire compte autant que la vue finale.
L’itinéraire que je recommande en premier

Si je devais conseiller un premier passage, je partirais sur la boucle officielle depuis le Grand Clot. La fiche du Parc national des Écrins la donne pour 11,1 km, 4 h, avec +783 m de dénivelé positif et une difficulté moyenne. C’est le meilleur compromis pour découvrir le site sans transformer la sortie en chantier physique. Le départ au Grand Clot simplifie aussi la lecture du parcours: on monte d’abord en forêt, puis l’itinéraire s’ouvre progressivement jusqu’aux Portes de Morgon et au sommet.
| Itinéraire | Distance | Dénivelé | Temps indicatif | Niveau | Pour qui |
|---|---|---|---|---|---|
| Grand Clot | 11,1 km | +783 m | 4 h | Moyen | Randonneur régulier qui veut une boucle lisible et efficace |
| Pierre Arnoux | 19 km | +2098 m | 6 h | Difficile | Marcheur endurant, habitué aux longues journées alpines |
La version par Pierre Arnoux change clairement d’échelle. Provence-Alpes-Côte d’Azur Tourisme l’indique en aller-retour pour 19 km et 2098 m de dénivelé positif. Je la réserve à ceux qui ont déjà de l’expérience sur terrain montagnard, parce qu’elle demande plus de jambes, plus de temps et davantage de marge météo. Autrement dit, on ne choisit pas cette option pour “voir le cirque” vite fait: on la choisit si l’on veut faire une vraie grande journée.
Un détail important me semble souvent négligé: la cabane visible dans le cirque n’est pas un refuge. D’après la fiche du Parc national des Écrins, il s’agit d’une cabane pastorale privée occupée par le berger sur la période d’estive. Ce n’est pas un point d’accueil pour les randonneurs, et il faut rester sur le nouveau sentier pour préserver la tranquillité de l’alpage. Une fois ce point clarifié, on peut mieux anticiper le terrain et la saison, qui changent beaucoup la sensation de marche.
Le terrain demande plus d’attention qu’il n’en a l’air
Le Morgon n’est pas technique au sens alpin du terme, mais il n’est pas non plus “facile” au sens péjoratif que certains imaginent. On traverse des mélèzes, des clairières, des zones de lapiaz et des portions plus exposées. Le sentier officiel bordant l’alpage a justement été pensé pour limiter l’érosion et éviter de déranger le troupeau. Ça veut dire deux choses concrètes: il faut respecter le balisage, et il ne faut pas improviser des coupes à travers les pentes.
Quand je prépare cette sortie, je pense à quatre points simples:
- des chaussures à vraie accroche, car les passages rocheux et secs glissent vite;
- au moins 1,5 à 2 litres d’eau par personne selon la chaleur;
- un coupe-vent, même en été, car la crête peut être fraîche et ventée;
- une trace GPS ou une carte hors ligne, surtout si la visibilité baisse.
Le passage aérien vers la Tête de la Vieille n’est pas long, mais il suffit à rappeler que l’on marche en montagne. Si vous êtes sujet au vertige, mieux vaut le savoir avant de partir que le découvrir au retour. Ces précautions prennent encore plus de sens quand on s’arrête sur ce que le site offre réellement une fois sur place.
Ce que l’on voit vraiment une fois là-haut
Au sommet, la récompense n’est pas seulement “une belle vue”. C’est une lecture complète du territoire. La rose des vents au sol aide à identifier les sommets, et le panorama à 360° donne une vision très large des massifs environnants. Ce que je trouve particulièrement réussi ici, c’est l’équilibre entre la verticalité du pic et l’ouverture sur les reliefs lointains. On passe d’un espace très contenu à une sorte de balcon géant sur les Alpes du Sud.
La descente ajoute d’ailleurs une vraie valeur au parcours. On revient par le cirque en passant près du lac de Morgon et de la chapelle sanctuaire Saint-Pierre, ce qui donne à la randonnée une dimension plus variée qu’un simple aller-retour vers un sommet. Le paysage n’est pas “monotone et spectaculaire”, il est au contraire rythmé: forêt, alpage, roche, point d’eau, puis retour au chemin forestier. C’est cette progression qui fait la force du site.
La faune participe aussi à l’intérêt du lieu. Les chamois se montrent plus facilement tôt le matin ou en fin de journée, et les marmottes sont souvent visibles sur les pentes calmes. Je conseille toujours de prendre des jumelles si l’on veut observer sans s’approcher. D’après l’office de tourisme de Serre-Ponçon, le site se prête même à des départs très matinaux pour profiter d’une lumière plus douce et de conditions plus sereines. C’est aussi ce qui explique pourquoi certains choisissent d’y dormir, à condition d’être très rigoureux sur la préparation.
Bivouac, faune et respect de l’alpage
Le bivouac au Morgon peut être une belle expérience, mais seulement si on le traite comme une sortie de montagne sérieuse. L’intérêt est évident: lever de soleil sur Serre-Ponçon, ambiance très calme, départ à la fraîche et lumière superbe sur les crêtes. En revanche, on ne s’improvise pas campeur d’altitude sur un coup de tête. Il faut gérer le froid nocturne, le vent, l’eau, et surtout l’impact au sol. Le site n’aime pas les passages répétitifs hors sentier, encore moins les installations improvisées au mauvais endroit.
Je garde en tête trois règles très simples:
- installer la tente loin des secteurs sensibles et des bâtiments pastoraux;
- ne laisser aucune trace visible au départ;
- vérifier la météo, car une nuit claire peut devenir très fraîche même en été.
Pour moi, le bon bivouac ici n’est pas celui qui maximise le spectacle à tout prix, mais celui qui reste discret et propre. Cette logique vaut d’autant plus qu’on partage le massif avec un troupeau, une activité pastorale réelle et une faune qui a besoin de tranquillité. Avec ces repères, la sortie reste belle sans devenir imprudente.
Ce que je retiens pour réussir une sortie sur le Morgon
Si je devais résumer l’approche en une phrase, je dirais ceci: choisissez un itinéraire adapté à votre forme, partez tôt, et laissez le site imposer son rythme. La boucle du Grand Clot est la meilleure porte d’entrée pour découvrir le cirque sans se tromper de niveau. La variante par Pierre Arnoux offre une journée bien plus engagée, intéressante pour les marcheurs expérimentés, mais elle ne pardonne pas l’approximation.
Le vrai plaisir ici vient du mélange entre panorama, relief, faune et ambiance d’alpage. On vient pour marcher, mais on reste pour la lecture du paysage. Et si vous voulez faire simple, je vous conseille de retenir trois choses: un départ matinal, de bonnes chaussures et un peu de marge dans le sac. C’est souvent ce trio-là qui transforme une belle idée de sortie en vraie bonne randonnée.